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Le ministère des Finances fait un tabac

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Le tabac est pratiquement un produit d’utilité public au Japon. Pour combien de temps ?

Toujours public
Repos : vous pouvez fumer. Japan Tobacco (JT), le géant japonais du secteur, conservera comme actionnaire principal le ministère des Finances. Ce dernier avait songé un temps à céder ses 33% à des investisseurs afin d'abonder au financement de la reconstruction du Tohoku après Fukushima. Mais cette privatisation aurait fragilisé le statut des 11.000 producteurs de tabac nippons qui fournissent en feuilles JT. Ce dernier doit en effet, d'après la loi (!), leur acheter l'intégralité de leur récolte à un prix ultra-élevé (plus de dix fois le prix du marché mondial) garanti par le gouvernement.
Le tabac demeure un sujet économique et politique important, objet d'arbitrages sourds entre le ministère des Finances (MoF) et celui de la Santé. Le premier parle recettes publiques, le second santé publique, mais c'est généralement le MoF qui emporte la discussion. L'État japonais est « accro » au tabac depuis un siècle. Lors de la modernisation rapide du pays sous l'ère Meiji, il prit le contrôle de l'industrie, reconnaissant dans le tabac un de ces produits générateurs d'énormes et faciles rentrées fiscales. Il serait pourtant injuste de voir dans JT l'exemple typique du monopole d'État, protégé de la concurrence par son statut. C'est une des entreprises les mieux gérées du Japon, ouverte à l'international, très prisée des analystes étrangers. En cinq ans, son cours boursier a été multiplié par trois.

Un pays accoutumé au tabac
L’accoutumance n’a pas beaucoup diminué. Le Japon est aujourd’hui le cinquième marché de la planète en volume, selon JT. Et pour cause : la législation sur la distribution du tabac est étonnamment accommodante pour un pays développé. Les fumeurs peuvent se fournir dans les centaines de milliers de distributeurs automatiques et les dizaines de milliers d’épiceries de proximité de l’Archipel ouvertes 24h/24 partout sur le territoire. Aussi extraordinaire que ce ratio puisse paraître, et malgré la relative discrétion des paquets de cigarettes parmi l’offre pléthorique des produits en vente en konbini, le tabac représente en moyenne un quart de leur chiffre d’affaires.
La fiscalité sur les paquets de cigarettes augmente petit à petit, mais elle est encore loin d’atteindre les cimes occidentales : un paquet de Mevius, une des marques les plus populaires du pays, coûte 430 yens, soit 50% moins cher que le prix d’un paquet de Marlboro en France. Les moins de vingt ans n’ont en principe pas le droit de fumer, mais il est très simple de contourner la loi (le Japon a été un des premiers pays au monde à interdire, en 1900, la consommation de tabac aux moins de 18 ans).

Une législation accommodante
Les médias locaux, pour qui JT est un très généreux annonceur, sont peu diserts sur ses effets sur la santé. Peu de restrictions freinent les appétits de communication de cette industrie. Le logo vert pâle de JT s’affiche sans la moindre honte dans les compétitions sportives, les concerts de rock et les tournois de golf de l’Archipel. Les vrais accros peuvent se rendre au musée du sel et du tabac, dans le quartier jeune de Shibuya, y visiter des expositions sur « écrivains et cigarettes » et autres thèmes.
Pourtant les Japonais suivent le mouvement mondial et abandonnent peu à peu, à leur tour, la cigarette. Les ventes nationales de JT ont reculé en volume de 25% en quatre ans. Les autorités locales, dans les quartiers les plus huppés des métropoles japonaises, choisissent les unes après les autres d’interdire la consommation de tabac dans les lieux publics. Le gouverneur de Tokyo a indiqué qu’il souhaitait imposer l’interdiction de fumer dans les restaurants d’ici aux Jeux Olympiques de 2020. La mairie de Tokyo a mis en place des brigades anti-fumeurs, qui ramassent les mégots et morigènent ceux qui fument dans les lieux non autorisés.

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