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La mère des batailles

Port Arthur est un tournant dans l’histoire du Japon. Bruno Birolli la raconte dans un ouvrage magnifique

Pourquoi la bataille de Port-Arthur est-elle importante ?
La guerre russo-japonaise est la première guerre moderne depuis 1870. Elle a lieu dans un monde en paix, hormis les guerres coloniales. Elle est aussi la première guerre de matériel. Pour la première fois, l’explosif tue plus que la balle. Les Russes inaugurent les mitrailleuses...
Port-Arthur est la mère des grandes batailles du XXe siècle. Elle a servi de champs d’expérimentation à la guerre de 14-18. Hormis les chars et l’aviation, toutes les armes sont déjà présentes. Côté russe, le fantassin montre cette capacité inouïe à subir et à défendre qu’on reverra en 1941 face aux Nazis. Côté japonais, cette bataille est encore plus importante. Les pertes sont tellement énormes que la censure les cache à l’opinion publique, alors que les pertes des autres batailles de la guerre russo-japonaise sont toujours données. Celle-ci devient un mythe : celui du triomphe de la volonté japonaise. Elle donnera à l'armée Impériale l'illusion qu'elle peut battre n'importe quel adversaire car elle lui serait moralement supérieure. Cette illusion amènera à la très grave erreur stratégique du déclenchement de la guerre sino-japonaise en 1937 en Chine, puis à celle de Pearl Harbor en 1941 (qui, comme l’attaque de Port-Arthur, est une attaque-surprise).

Les Japonais ont tout de même gagné...
Ce sont les Russes qui ont perdu. Des troubles politiques ont éclaté dans l’Empire, obligeant le tsar à la paix. Moscou est à 8000 kilomètres du champ de bataille, et le Japon à deux jours de bateau. Ces réserves ne signifient pas que l'armée Impériale se bat mal ; mais les causes de sa victoire ne tiennent pas seulement à sa prétendue supériorité. La guerre moderne sera une guerre de matériel et d'usure. Ce qui compte dans une guerre n'est pas seulement le front, mais l’arrière et là, le Japon montre ses faiblesses : lorsque les armes se taisent, le Japon est ruiné et l’armée Impériale n’a plus de réserves. Si les Russes avaient tenu durant le printemps 1905, l’issue de la guerre aurait été probablement différente.

Parlez-nous de l'armée Impériale.
Elle est frugale, bien organisée, assez innovante. Elle n’attaque pas en ligne mais s’approche par petits groupes. Elle fait ce que fera l’armée américaine en 1918. Elle comprend très bien le rôle capital de l’artillerie. Mais celui-ci sera minoré au profit de la charge à la baïonnette dans le mythe qui entourera cette bataille. Ce mythe fait aussi l’impasse sur l’explosif. Les Russes ont brisé les assauts japonais avec leurs obus.

Quelles sont les suites de Port-Arthur ?
Les Japonais récupèrent la partie sud de Sakhaline. Le protectorat sur la Corée est reconnu internationalement. Et ils mettent le pied en Mandchourie. Selon le Traité de Portsmouth, le Japon doit quitter Port Arthur en 1923. Les ligues diront alors : « pourquoi un gain aussi faible ? Comme en 1896 face à la Chine, les Occidentaux nous volent la victoire ». Garder Port Arthur deviendra une cause sacrée. En 1915, le Japon obtient de prolonger sa présence jusqu’en 2007. Mais ce n’est pas assez ; en 1931, il envahit la Mandchourie, comme je le raconte dans Ishiwara, l’homme qui déclencha la guerre. Le processus qui conduit à la défaite de 1945 est enclenché. Le siège de Port Arthur, éd Economica, Bruno Birolli.


Une femme française

Familles biculturelles, vous avez votre bréviaire.
フランス人の妻(Ma femme est française) de Jean-Paul Nishi raconte l’éducation d’un enfant à Tokyo, né entre deux cultures parfois incompatibles. Ce manga est salué par l’écrivain francophile Keiichiro Hirano. Il n’existe encore qu’en japonais, mais une version française est prévue dans quelques mois.
Dans le rôle de la mère : Karyn Nishimura-Poupée, pour qui les pages de FJE seront toujours ouvertes.

FJE-144