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Pierre-André de Chalendar : l'innovation, toujours l'innovation !

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À 350 ans, Saint-Gobain se porte comme un charme. 
Son président-directeur général a bien voulu jeter un coup d'œil 
sur le passé, et dessiner l'avenir du groupe pour FJE

Quelle est la particularité de Saint-Gobain aujourd'hui ?
Une grande partie de nos métiers sont des métiers locaux. 90% de ce que nous fabriquons est vendu dans le pays de production. Notre filiale Isover fabrique de la laine de verre au Japon pour le Japon, mais elle ne pourrait pas être compétitive au point d'exporter sa production vers l'Europe ou les États-Unis. Inversement, hormis des circonstances exceptionnelles comme celles de la catastrophe de Fukushima, durant laquelle nous avons dû importer des produits de Californie au Japon, fabriquer des produits d'isolation en Occident pour le marché japonais n'a pas de sens économique.
Pourquoi ? Les marchés de l'habitat que nous fournissons sont par définition très locaux. On ne construit pas de la même manière au Japon et en Chine. On ne construit même pas de la même manière au nord et au sud de la Loire ! Par conséquent nous devons être près de nos clients. D'autre part, une partie importante des matériaux que nous utilisons sont chers à transporter. Un rouleau de laine de verre transporté sur 500 kilomètres voit son prix augmenter de 50%. Une plaque de plâtre voit son prix grimper de 50% au bout de 300 kilomètres seulement !

Ce qui frappe dans la longue histoire de Saint-Gobain, c'est l'alliance entre la technologie et la popularité. Saint-Gobain a participé à des productions très célèbres, de la pyramide du Louvre au pot de Nutella. Pourtant, c'est une mine de technologies...
Tous ces produits ont une caractéristique commune : ils sont faits en verre. C'est la logique « produits » qui fut, historiquement, celle de Saint-Gobain. Du 17e au 19e siècle, Saint-Gobain a fait du verre. Il s'est diversifié dans d'autres métiers verriers au 20e siècle : d'abord les miroirs, puis l'automobile (le verre Sekurit, le verre feuilleté...), puis l'emballage (le pot de Nutella), puis les flacons de parfum, puis la laine de verre, enfin la fibre de verre.
Mais nous sommes passés aujourd'hui à une logique de marché. C'est un changement culturel profond. Nous partons désormais du client, et travaillons avec lui. Les constructeurs automobiles nous demandent ainsi des choses de plus en plus compliquées, qui nous obligent à travailler de plus en plus en amont avec eux. D'autre part, même si nos clients demeurent des industriels, le consommateur final prend une importance de plus en plus grande. Dans l'automobile, le conducteur a souhaité des toits transparents, et nous avons obéi à ses désirs. Dans l'habitat aussi, nous assistons à l'éveil du consommateur : les produits de Saint-Gobain ont vocation à améliorer le confort thermique, acoustique et visuel de nos clients. Une bonne nouvelle pour nous est que grâce aux technologies numériques, nous pouvons désormais mesurer le confort grâce à toutes sortes de capteurs. Le consommateur voit enfin le lien entre son confort et sa facture d'énergie.

Saint-Gobain est né de la commande publique, a connu la nationalisation et la privatisation. Ce parcours singulier a-t-il eu un effet sur le groupe?
Malgré sa réputation, Saint-Gobain au fond a peu à voir avec l'État. Le groupe a été créé avec des capitaux privés, mais Colbert lui a donné un coup de pouce à sa naissance en lui accordant des privilèges et une exclusivité en échange du maintien de sa production en France. C'est l'ancêtre du made in France dont on parle aujourd'hui ! Des gens ont ainsi créé une « manufacture royale des Glaces » pour fabriquer des miroirs, dont la première commande d'envergure fut la Galerie des Glaces à Versailles.
Mais au fond, Saint-Gobain a été pendant cinq ans seulement une société à capitaux publics, durant la nationalisation décidée en 1981 par François Mitterrand. Cette nationalisation était absurde dans le cas de Saint-Gobain, qui fut du reste la première entreprise à être à nouveau privatisée.

Comment Saint-Gobain a-t-il vécu sa nationalisation ?
Pas si mal finalement. L'État a fait un important travail de restructuration, au terme duquel le Saint-Gobain de 1986 était en bien meilleur état que celui de 1981.

Que représente l'Asie pour Saint-Gobain aujourd'hui ?
L'Asie représente environ 5% de notre chiffre d'affaires. Nous estimons que cette part va augmenter. En Chine, en Asie du Sud-Est, en Inde, nous voyons émerger une classe moyenne aux besoins de laquelle nous devons répondre.

Saint-Gobain conserve-t-il son pouvoir d'attraction auprès des jeunes diplômés ?
En France les métiers du bâtiment, où se trouvent nos clients, souffrent, mais Saint-Gobain n'a pas de problème de recrutement. Notre nom attire. Nous suivons une politique forte de marque, à la fois pour nos clients et pour notre recrutement. En Inde, nous avons déjà une excellente notoriété. En Chine, nous y travaillons. Au Japon, on peut recruter de plus en plus facilement des ingénieurs japonais, car nous avons fait nos preuves, et parce qu'une partie de l'industrie japonaise s'est délocalisée, ce qui met à notre portée un vivier d'ingénieurs.

Constatez-vous un déplacement de la R&D de l'Ouest vers l'Est ?
Nos principaux centres de R&D restent en Europe et aux États-Unis. Nous avons des centres en Chine et en Inde pour des questions de coûts et pour développer des produits spécifiques aux marchés chinois et indien. Nous avons aussi une politique d'ouverture de la R&D sur l'extérieur. Nous avons par exemple noué un partenariat important au Japon avec le NIMS (National Institute for Materials Science), un des meilleurs centres de recherche au monde dans les matériaux. Le Japon demeure une grande puissance technologique.

Quel message souhaitez-vous faire passer à l'occasion de cet anniversaire ?
Cet anniversaire est pour moi l'occasion de mettre l'accent sur l'innovation. Un de nos produits sur quatre n'existait pas il y a cinq ans. Depuis quatre ans, je suis très fier de voir Saint-Gobain figurer parmi les cent entreprises les plus innovantes du monde dans le classement de référence établi par Reuters. Malgré notre longue histoire, nous devons regarder vers l'avant. C'est pourquoi j'ai choisi le slogan 350 raisons de croire dans l'avenir. Il faut se réinventer en permanence - et de plus en plus vite.

Comment entretenir l'innovation ?
On l'entretient par la R&D, à laquelle nous consacrons plus de 400 millions d'euros tous les ans, et par le développement d'applications qui découlent de nos recherches. Un produit comme la laine de verre par exemple change tout le temps : il est de plus en plus isolant mais aussi de plus en plus écologique. Dans le verre, nous avons aussi des verres actifs, qui changent de propriété quand on leur donne une impulsion électrique. Nous venons ainsi de tester un « verre électrochrome ». Posé sur le mur d'une pièce exposée au soleil, il peut bleuir sur commande, réduisant l'éblouissement, donc le besoin de climatisation, etc. Ce verre équipe aujourd'hui les bureaux de l'école française d'Extrême-Orient à Kyoto !



Saint-Gobain compte aujourd'hui 180.000 collaborateurs. Présent dans plus de 64 pays, le groupe travaille dans quatre pôles d'activité : les matériaux innovants, les produits pour la construction, la distribution de produits du bâtiment et le conditionnement. Saint-Gobain, longtemps identifié à tous les métiers du verre, veut dorénavant être le leader mondial dans l'habitat durable. « L’habitat de demain que nous construisons à Saint-Gobain est un habitat économe en énergie, ayant un faible impact environnemental et offrant à ses occupants un confort de vie aussi bien d’un point de vue thermique, acoustique et visuel que d’un point de vue esthétique et sanitaire » explique Didier Roux, directeur de la R&D du groupe, sur le site de Saint-Gobain. Mais on retrouve ses produits dans la plupart des secteurs (automobile, aérospatiale, défense, santé...). Il a consacré 430 millions d'euros à la recherche en 2013 (derniers chiffres publiés). Saint-Gobain est une des sept entreprises françaises figurant parmi le classement des 100 sociétés les plus innovantes au monde selon l'agence Reuters.

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