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Edito : Pour un accord de libre-échange Japon-Europe !

Le Japon est-il sérieux dans sa volonté de conclure un accord commercial substantiel avec l’Union Européenne ?

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Le scepticisme s’est installé à Bruxelles sur la sincérité de Tokyo. Lors d’une visite officielle au Luxembourg, qui occupe actuellement la présidence tournante de l’Union Européenne, début décembre, le Premier ministre japonais Shinzo Abe a appelé à une conclusion « dès que possible » des négociations. En coulisses, la partie japonaise souhaitait vivement un accord avant la fin de l’année.

Ce souhait n’a pas été exaucé. Depuis des mois, aucun progrès significatif n’a été enregistré. La conclusion de l’accord de libre-échange TPP avec les États-Unis l’été dernier avait laissé espérer une accélération des négociations, réputées plus simples, avec l’Union Européenne. Il n’en a rien été. « Les positions sont encore très divergentes dans beaucoup de domaines, et les négociations vont se poursuivre encore longtemps en 2016 » a récemment averti la commissaire au Commerce européenne Cecilia Malmström.

Les négociateurs européens sont particulièrement frustrés par l’inflexibilité de leurs homologues nippons sur les produits agricoles, en particulier le vin, le fromage et le porc. Dans certains domaines, la situation empire. Dans le fromage par exemple, le ministère de la Santé japonais vient de durcir encore ses contrôles sanitaires, rendant prohibitifs les exportations de petits producteurs qui doivent déjà s’acquitter d’une taxe de 30% à l’entrée de leurs produits au Japon. Ces nouveaux tests sont un coup de grâce à la diversité de l’offre de fromage européenne, et singulièrement française. Le Japon de son côté exige la suppression des 10% de droits de douane qui frappent les véhicules japonais à l’entrée de l’Union Européenne.

Ces rebuffades sont très alarmantes à la lumière des derniers chiffres des échanges commerciaux entre le Japon et l’Union Européenne. Selon l'agence Eurostat les exportations japonaises vers l'Europe ont représenté 54,6 milliards d’euros en 2014, soit le niveau le plus médiocre en dix ans. La part des importations d’origine japonaise a représenté 3,1% du total des importations de l’Union Européenne en 2014, contre 4,6% dix ans auparavant ; et le Japon n’absorbe plus que 3,2% des exportations européennes, contre 7,3% en 2004.
En 2004, le Japon faisait partie des cinq premiers partenaires commerciaux de l’Europe ; il est aujourd’hui septième. L’Union Européenne commerce aujourd’hui davantage avec la Turquie qu’avec le Japon, ce alors que l’économie turque est six fois plus petite que l’économie nippone. Quant à l’investissement direct étranger, il ne se porte pas mieux. L’Union Européenne a désinvesti à hauteur de 18,9 milliards d’euros au Japon en 2014. Le Japon, lui, n’a pratiquement pas investi en Europe en 2014. Il faut un nouveau souffle entre le Japon et l’Europe.

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