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Premier vol commercial réussi pour le programme spatial japonais   

Merci les Canadiens
Le 24 novembre dernier, la fusée japonaise H-2A, du groupe Mitsubishi Heavy Industries (MHI), a pour la première fois de son histoire réussi une mission commerciale en plaçant avec succès en orbite un satellite géostationnaire de télécommunications du groupe privé canadien Telesat. Si la société lance des fusées dans l’espace depuis 1994, elle n’avait jusqu’ici mené des missions que pour des opérateurs publics ou pour la Japan Aerospace Exploration Agency (JAXA). Elle peinait à apparaître comme un concurrent crédible sur le marché mondial très exclusif des grands lanceurs, dominé par le français Arianespace et l’américain Space X.
« C’est une étape très importante pour nous », explique Koki Nimura, directeur des lancements chez MHI, depuis les immenses ateliers de Nagoya où le groupe construit ses fusées avant de les transporter par bateau sur le pas de tir de la base de Tanegashima (sud du Japon). Sur le site, les ingénieurs finalisent la fusée du trentième lancement. Étendu sur une structure au sol, le premier étage tubulaire de 25 mètres de long a été peint d’un blanc cassé qui permet de réfléchir une partie de la chaleur du soleil et d’éviter une surchauffe des gaz de propulsion. Comme Ariane 5, le premier étage de l’appareil japonais alimente son moteur d’un mélange d’oxygène et d’hydrogène liquides. Koki Nimura s’arrête longuement autour d’une forme de bague géante en acier placée autour du bas du corps de la fusée. « Nous avons récemment modifié la fabrication de cet élément pour en renforcer la résistance et baisser le prix de production », explique l’ingénieur. La réduction des coûts du lanceur est la grande obsession de MHI. Concentré depuis le début de ce programme sur la conception d’un lanceur ultra-fiable et performant (la version H-2A de 289 tonnes peut envoyer en orbite géostationnaire 5 tonnes de matériel), le groupe a opté pour des technologies et un moteur (le LE 7)particulièrement sophistiqué et donc coûteux, qui pèse sur la compétitivité-prix de la fusée japonaise. Elle n’a d’ailleurs jamais mis en orbite le moindre satellite commercial japonais.
Si MHI se refuse à dévoiler le coût d’un lancement, les analystes estiment qu’un vol de l’H-2A est facturé plus de 10 milliards de yens, soit 81 millions de dollars quand un lancement de la fusée Falcon 9 de SpaceX coûte plutôt 60 millions de dollars. La fusée russe Proton-M est meilleur marché encore mais a dû récemment encaisser plusieurs échecs.

Une mauvaise situation géographique
Une partie du surcoût japonais est liée à la situation géographique de la base de lancement de Tanegashima. Les satellites commerciaux sont généralement placés en orbite géostationnaire à une altitude de 36.000 kilomètres située dans le plan de l’équateur. Plus la base de lancement est proche de l’équateur, plus l’énergie nécessaire au placement en orbite est limitée et plus le satellite devra embarquer du carburant pour affiner sa trajectoire au fil de sa durée de vie. Mais la base de Tanegashima est située à une latitude de 30 degrés nord quand la base de Kourou, d’où décollent les fusées Ariane, est située à une latitude de seulement 5 degrés nord ; une position qui offre une « espérance de vie » plus longue aux satellites qu’elle embarque.
Pour son 29ème lancement, MHI avait d’ailleurs aligné un modèle amélioré de la H2-A permettant de rapprocher davantage le satellite de son orbite géostationnaire définitive et, dès lors, de prolonger sa durée d’exploitation. La séparation du deuxième et dernier étage avait été faite à une altitude de 33.900 kilomètres, comparable aux performances proposées par les leaders du secteur. « Ariane reste très en avance devant nous mais nous progressons », souffle le cadre qui espère décrocher de nouveaux contrats commerciaux. En 2016, MHI doit déjà lancer un satellite du japonais SKY Perfect.
Selon les professionnels du secteur, entre 23 et 25 satellites commerciaux vont désormais être lancés, en moyenne, chaque année dans le monde. Les échecs de Proton et les calendriers surchargés d’Ariane 5 et de Falcon 9, qui ne peuvent assumer, à eux seuls, la totalité de ces tirs, pourraient donner, dans les prochaines années, un coup de pouce au programme japonais ainsi qu’aux autres nouveaux arrivants sur ce marché, tels que les lanceurs indiens. « Nous ne sommes pas les seuls en lice. Mais nous affichons une excellente fiabilité », résume Koki Nimura, qui évoque le développement d’une nouvelle génération de fusées beaucoup plus économiques. La H3, qui pourrait être mise en service juste après 2020, se propose de faire tomber les coûts de lancement à 5 milliards de yens.

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