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France-Japon : une histoire en soie

Quand ont débuté les premiers échanges économiques entre la France et le Japon? Quelle place occupe la soie dans l'histoire des relations entre les deux pays? _ Lors d'une soirée conférence organisée par le Paris Club, le 9 février dernier, le Président de KK Seric, Christian Polak, auteur des livres d'Art et d'Histoire sur les relations franco-japonaises, « Soie et Lumières, l'âge d'or des relations franco-japonaises des origines à 1950 » et de « Sabre et Pinceau, par d'autres Français au Japon, 1872-1960 », a répondu à ces questions.

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<doc1266|left> Installés comme dans un cocon, les nombreux auditeurs ont savouré le talent du chercheur qui, du vers à soie, a emmené son public, du second Empire en France, jusqu'en 1869 à Hakodate dans l'île de Hokkaido.

Face à l'épidémie des maladies des vers à soie qui sévit dans toute l'Europe en 1855, l'industrie séricicole française est sinistrée. De nombreuses industries installées dans la région lyonnaise et les Cévennes, autour de Grenoble, ferment.

Pour sortir de cette crise, les soieries de l'époque, qui représentaient le premier poste des exportations du Second Empire de Napoléon III, décident d'ouvrir une route de la soie entre Yokohama et Lyon pour d'une part, s'approvisionner en soie grège, et d'autre part, réapprovisionner la population de vers à soie en France qui a complètement disparu du fait des épidémies. Le but pour les soieries françaises est de retrouver leur place d'excellence sur le marché de la soie.

Les premiers soyeux de Lyon arrivent au Japon, dès 1860, pour venir acheter de la soie grège qu'ils n'ont plus en France pour ensuite la filer, la tisser, la tendre et confectionner des produits de luxe qui sont envoyés à travers le monde. Ils s'installent d'abord à Nagasaki où M. Pignatel est le premier grand exportateur de soie de la région de Kyushu et de Shikoku vers Lyon.

 

Le commerce florissant

Le commerce florissant attire de plus en plus de Français. En 1864, la population française est de 56 personnes dont 17 négociants ou commerçants impliqués dans le commerce de la soie. Ils s'établiront ensuite à Yokohama.

L'objectif de la France est, d'abord, d'approvisionner ses industries de graines de vers à soie et non pas d'agrandir sa zone d'influence en Asie. L'installation d'une filature à Yokohama en 1861 qui va malheureusement brûler durant le grand incendie de 1863 en est la preuve.

Dix ans plus tard, ce sera à partir de la grande filature de Tomioka construite en 1872 par Paul Brunat, que naîtra l'industrie textile japonaise. Des tissus de haute qualité, produits au Japon et libellés en français sont vite exportés vers la France.

Un hôpital, un collège franco-japonais, une église et un jardin français sont aussi aménagés sur les terrains de la concession internationale de Yokohama dès 1863.

L'arrivée du diplomate français Léon Roches, en 1864, symbolise aussi cette démarche. Dès son arrivée, il s'attache surtout à obtenir du shogunat la levée d'interdiction d'exportation des graines de vers à soie vers l'Europe. Début novembre 1865, près de 15 000 cartons quittent Yokohama pour Lyon à la seule condition que chaque carton soit accompagné de la signature de Léon Roches, le représentant de la France au Japon. Ce qu'il fait en signant des milliers de bons d'exportation. Entre septembre et décembre 1865, près de 500 000 cartons de graines de vers à soie partent vers la France et l'Italie.

Et moins de cinq années après, Lyon redevient la place mondiale du commerce de la soie. Le Japon et la France deviennent alors de véritables partenaires commerciaux incontournables. A cette époque les maisons Japonaises, Mitsu Bussan, Nozawaya, vont aussi s'installer à Lyon pour le commerce.

« Mais les Japonais n'avaient pas conscience à l'époque de l'importance pour la France de ce commerce », remarque le chercheur. Ces relations sont si stratégiques pour la France qu'elle va, en échange, tout accepter des demandes du shogunat.

 

 

 

Un arsenal

Selon les desirs du shogun, la France va alors construire un arsenal pour le Japon à Yokosuka. La métallurgie, la sidérurgie, et la fonderie font leur apparition au Japon. La révolution industrielle du Japon débute donc « bien avant l'ère Meiji », démontre Christian Polak.

La modernisation industrielle, militaire et commerciale du Japon démarre sous l'impulsion du shogun Yoshinobu Tokugawa (1837-1913). Près de 50 familles arrivent à Yokosuka et 450 Français sont installés au Japon.

A la même période, des soulèvements dans le Sud perturbent le pays. Devant ce conflit naissant et la montée des forces rebelles des seigneureries du Sud, Choshu et Satsuma, le 25 octobre 1868, la France décréte sa neutralité.

Pourtant, une photo représente l'alliance de militaires français auprès des troupes du shogunat. Sur cette photo historique, prise juste avant le départ des troupes du Shogun à Hakodate, le capitaine Brunet, Yasutaru Hosaya, Masudaira et Kintaro Tajima et d'autres officiers posent à Edo, en septembre 1868. Juste après ce cliché, les militaires français ont démissionné de l'armée française pour se joindre aux troupes de Tokugawa. Le capitaine Brunet et quatre autres sous-officiers partent à Ezo (île de Hokkaido) à la fin du mois d'octobre pour défendre le shogun et soutenir les troupes japonaises contre les clans du Sud. Ils arrivent à Hakodate le 25 octobre 1868.

A la suite de la désolidarisation de l'alliance du Nord, considérée comme une trahison, l'effondrement de la résistance du Nord et de la République d'Hakodate fondée en décembre 1868 après des élections, est imminent. La République d'Hakodate est prise d'assaut par les armées impériales au mois de mars 1869. Son nouveau Président Enomoto est obligé de s'avouer vaincu. L'empereur Meiji contrôle alors tout le Japon.

L'arsenal commencé par les Français en 1868 est inauguré par l'Empereur Meiji, le 1er janvier 1872. Une photo présentée par Christian Polak a, dit-il :

« figé cet événement pour l'éternité.» <img5>

 

 

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