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Buffet Crampon toujours dans le vent

La marque légendaire d’instruments à vent fête son cinquantenaire au Japon

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Dans l’atelier Buffet Crampon de Tokyo les ouvriers inspectent le corps d’une clarinette avec le soin qu’ils mettraient au canon d’un fusil. "Ceux qui travaillent ici sont presque tous musiciens. C’est la dernière étape avant l’envoi à nos clients japonais. Nos instruments doivent être parfaits" explique François- Xavier Lienhart (photo, Ge), qui dirige l’antenne japonaise de cette marque mythique. Woody Allen, clarinettiste devant l’Éternel, reprend en chœur : "ma seule ambition de musicien est d’égaler la perfection d’une clarinette Buffet." Les grands musiciens ont la même opinion que les amateurs. S’il existe une Olympe de la musique, Buffet Crampon est son dieu des Vents. Né en 1825, le label a grandi, regroupant d’autres marques (Antoine Courtois pour la trompette et le trombone, Hans Hoyer pour le cor, Julius Keilwerth pour le saxo- phone, Besson et B&S pour les cuivres, Schreiber pour les bassons...) au cours de ses 192 ans.

Or le Japon est un pays-clé (c’est le mot) pour Buffet Crampon. Il y célèbre le cinquantenaire de sa filiale japonaise cette année. Une longévité qui rappelle à quel point les Japonais, à l’oreille sûre, sont "mélomaniaques", et qui confère à la marque un brevet d’excellence universel. "Les meilleures salles de concert au monde sont au Japon. C’est un Japonais, Yasuhisa Toyota, qui vient de signer l’acoustique de la Philarmonie de la Villette à Paris” observe le chef d’orchestre et soliste Bastien Stil, venu plusieurs fois se produire au Japon.

Aujourd’hui les plus grands interprètes à vent jouent sur Buffet Crampon. Kenji Matsumoto, Michel Becquet, Bastien Baumet, jouent sur les marques du groupe. "Interprète" est le mot juste : tel des traducteurs, ces instruments enrichissent et nourrissent la relation franco-japonaise, note par note, parlant le langage universel de la musique - souvent sous la baguette de Buffet Crampon. Comme pour le prestigieux concours international de clarinettistes Jacques Lancelot, qu’il sponsorise. Fondé par le légendaire professeur éponyme, ce rendez-vous bi-annuel se déroule successivement à Rouen et au Japon. Les jurés remettent notamment à chaque édition le prix Koichi Hamanaka, musicien "dont la dernière volonté fût de récompenser le meilleur interprète de la Rhapsodie pour clarinette de Debussy", comme l’explique joliment le programme. Autre rendez-vous incontournable de la musique française au Japon : l’académie estivale de clarinette pour laquelle Michel Arrignon et Florent Héau viennent presque chaque année former des musiciens japonais pendant deux semaines.

AU BOIS DE MON CŒUR

Mais une anecdote dira plus que tout l’importance du Japon pour Buffet Crampon. Le pin solitaire de Rikuzen-Takata (région du Tohoku) a longtemps fait l’espoir, puis le désespoir des Japonais. Cet arbre était le seul encore debout d’une gigantesque forêt qui bordait la côte du Tohoku, emportée par le tsunami du 11 mars 2011. Il mourut une première fois, les racines rongées par le sel ; mais la musique a eu le dernier mot. Le bassoniste et professeur Kiyoshi Koyama a eu l’idée géniale de demander à Buffet Crampon d’assembler un basson incorporant une de ses parties, le "bonnet", taillé dans un morceau de l’arbre. Il a reçu son instrument en décembre dernier. "Le bonnet est en matsu (pin), un bois deux fois plus léger que le palissandre, habituellement utilisé pour cette pièce. J’étais inquiet mais le son s’est révélé magnifique explique Kiyoshi Koyama (photo, De). Au bois de mon cœur, chantait Brassens.

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