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Deux pilotes pour un hélicoptère

Airbus et Kawasaki Heavy Industries ont construit un hélicoptère de référence

Dossier, Articles France Japon Eco  |   | Régis Arnaud

Si vous avez besoin d’un hélicoptère pour être évacué vers un hôpital en France, mener une opération de police au Japon ou effectuer une mission de reconnaissance militaire aux États-Unis, il y a de fortes chances que vous embarquerez dans un hélicoptère conçu, fabriqué et vendu par des Européens et des Japonais. Depuis 1977, Airbus et Kawasaki collaborent avec succès à une machine commune : appelé BK117 au Japon et C145 en France, cet hélicoptère est probablement "l’exemple le plus spectaculaire de collaboration réussie dans ce secteur", explique Stéphane Ginoux, directeur général d’Airbus Industrie Japon. "Japonais et Européens dispo­seront désormais du même certificat d’origine pour cette machine, ce qui ouvrira davantage le marché international aux Japonais. C’est vraiment la coopération la plus aboutie dans notre secteur", explique Guy Bonaud, président du GIFAS Japon et représentant de Safran dans l’Archipel.
Les deux partenaires ont vendu à ce jour 1200 exemplaires de la machine. Plus étonnant encore : ils en ont écoulé 400 à... l’armée américaine ! Un exploit d’autant plus stupéfiant qu’Airbus Hélicoptères, s’il occupe une part de marché écrasante dans le secteur civil japonais, n’a pas per­cé son marché militaire ; et que les Japonais ne pouvaient en théorie jusqu’à très récemment pas exporter de matériel militaire – sauf, dans le cadre d’un accord de coopération avec les États-Unis, vers ces der­niers. "C’est amusant : beaucoup de pays nous ont acheté cet hélicop­tère pour leur défense, mais pas... les Japonais, qui en sont pourtant les co-concepteurs !", s’amuse un industriel du secteur.

UN VRAI PARTAGE
Les Japonais ne sont pas des partenaires d’appoint dans cette machine. En charge notamment de la moitié de la cabine, d’éléments de fuselage et de la transmission, ils traitent des parties "nobles" de l’appareil au même titre que les Européens. "C’est vraiment un partenariat 50/50, avec des réunions très fréquentes à Toulouse, Munich et dans le dépar­tement de Gifu", indique Stéphane Ginoux.
Ce partenariat débouchera-t-il un jour sur de nou­velles coopérations ? Le ministère de la Défense et celui de l’Industrie (METI) jurent leurs grands dieux qu’ils sont ouverts à la collaboration avec des acteurs européens.
Ces derniers, en privé, émettent de sérieux doutes sur leur sincérité. Ils ne constatent aucun vrai progrès, et s’inquiètent de l’écrasante influence des Etats-Unis, toujours prompts, surtout en ces temps "trumpiens", à rappeler au gouvernement japonais qu’ils assurent la défense de l’Archipel. Mais nécessité fait loi : les menaces sur les crédits alloués aux projets de défense nationaux couplées à la baisse de commandes de Boeing devraient pousser les Japonais davantage dans les bras des Européens. Fin septembre avait lieu à Nagoya la cinquième édition d’un workshop nippo-européen dans l’aéronautique. "La coopération fonctionne de mieux en mieux", assure Adrien Pichon, de Weare Aerospace.

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