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AUTEUR COLLASSE ET M. R.
Il y a deux courses parallèles dans Le pavillon de thé, le cinquième roman de Richard Collasse. Toutes deux se rejoignent et mènent à l’abîme. La première est celle de "R." et Mariko, que tout oppose sauf la passion. R., jeune gandin débarqué à Tokyo au début des années soixante, cherche un peu de stabilité dans sa vie dissolue. Il croit la trouver dans la cérémonie du thé, cette forme japonaise du séminaire. Patatras : il y croise Mariko, qui deviendra la grande passion impossible de sa vie. Malheur à qui recherche la sagesse, il trouvera la folie.
L’autre course est celle du Japon de cette époque, cette fois vers la vulgarité et le bruit. Tout ce à quoi R. tenait lui sera un jour arraché. Il ne quitte pas le monde ; c’est le monde qui rompt avec lui d’abord. Ainsi de Mariko. Ainsi du pavillon de thé éponyme, chef-d’œuvre de légèreté et d’attention vers lequel converge le quatrième corps, invincible celui-ci, de l’armée japonaise : les bulldozers. Ce voyage dans le temps s’achève au milieu des années 80, alors que le Japon vivait pleinement ses années de Bubble vulgaires, toc et fric. Il est incarné par des personnages secondaires qui ont visiblement croisé la route de l’auteur : le charpentier Miyano, le policier Tanaka, le yakuza Kadomura... Il ne restera des amants que leurs deux noms gravés dans le bois. On attend l’autobiographie de Richard Collasse, derrière les paravents du roman.
Le pavillon de thé, Richard Collasse, Seuil.

TCHIKAN OU LA MAIN DE L’HOMME
Le trait le plus odieux du harcèlement sexuel dont les collégiennes japonaises sont quotidiennement victimes (dans les transports en commun, dans la rue...) est sans doute de se voir attribuer, souvent par leurs proches, la responsabilité de leurs tourments. C’est la triste constatation qui ressort de Tchikan, le livre-confession écrit par Kumi Sasaki (et Emmanuel Arnaud). L’auteur se fait attoucher dès les premiers jours de sa scolarité japonaise. Outre la compréhension molle de ses professeurs et l’indifférence de la police, elle se heurte aux réprimandes de sa propre mère, qui lui explique qu’elle porte des sous-vêtements trop provocants. Par la suite, ces "incidents" deviennent presque quotidiens. Ses copines de classe sont soumises au même régime. Kumi songe à se suicider. Elle est sauvée par l’arrivée inopinée d’une amie sur le lieu de sa tentative de suicide. Étudiante, elle trouve un jour le courage de dénoncer un agresseur. Avant que l’employé des chemins de fer qui recueille sa plainte, aussi psychologue qu’un kapo, traite son cas avec la banalité d’un retard de train. Quant à son professeur d’université, il se contente de déblatérer sur l’éternelle main leste des hommes. Elle quitte finalement le Japon pour la France. Et de terminer son récit : "Presque rien n’a changé depuis cette époque, n’est-ce pas ? Alors, si ce court récit pouvait aider ne serait-ce que l’une de ces collégiennes à ne pas souffrir comme j’ai souffert, s’il pouvait éveiller ne serait-ce qu’une seule conscience face à l’absurde anomalie que constitue l’impunité dont jouissent toujours les tchikan, je pourrais dire qu’il n’aura pas été complètement inutile". Et si cette recension atteint le même but, tant mieux.
Tchikan, éd. Thierry Marchaisse.

FJE-152