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Les ruelles de Tokyo

Heide Imainous convie à une promenade dans une ville en voie de disparition

Tokyo Roji

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Contrairement à ce que pensent ceux quin’y sont jamais allés, Tokyo n’est pas une mégalopole de grandes avenues bordées de gratte-ciels. C’est au contraire une ville modeste, de ruelles étroites,aux maisons petites, bordées d’arbres et de plantes, où tout est à unité humaine,où les voisins se croisent plusieurs fois par jour et se connaissent, même s’ilsne franchissent jamais le seuil des uns les autres. Les Japonais ont un nom pour ces ruelles, parfois si étroites que deux adultes n’y peuvent marcher côte à côte: les roji. C’est le sujet qu’étudie Heide Imai dans Tokyo Roji. Les roji ont longtemps été perçues comme les symboles d’une ville en retard, qui serait encore au Moyen-Age. Aujourd’hui,tandis que Tokyo se hérisse de gratte-ciels, les roji font l’objet d’un engouement nouveau. Les jeunes Japonais goûtent leurs loyers modestes, tandis que les touristes sont ravis parleur atmosphère « typique ». Assez pour les préserver ? Sans doute pas. Les roji sont trop fragiles. Les habitants et les commerçants qui les animaient émigrent dans des immeubles ou ferment boutique. Surtout, elles correspondent à une organisation des relations sociales japonaises qui n’existe plus.

KAGURAZAKA

Heide Imai s’attarde longuement sur les cas de Nezu, Yanaka et surtout sur Kagurazaka, sans doute le quartier de Tokyo dans lequel l’atmosphère des roji demeure la plus authentique. Mélange d’artisans, de commerçants, d’expatriés français, proche de plusieurs universités, traversé par une rue centrale interdite aux voitures le dimanche et à l’heure du déjeuner, régulièrement animée par des événements, le quartier est demeuré comme il était depuis les années 20. Mais même Kagurazaka est menacée : le gouvernement de Tokyo veut élargir la rue. Les promoteurs construisent des immeubles d’habitation autour et détruisent l’organisation des roji qui maillent le quartier. Un exemple : le magnifique temple d’Akagi, dont la rénovation très réussie par l’architecte Kengo Kuma a été financée par un projet immobilier sur le terrain du temple. Une nouvelle population de « bobos » (souvent des femmes seules) transforme la sociologie du quartier. L’association des commerçants du quartier, qui a longtemps lutté contre les promoteurs immobiliers, vieillit et a visiblement décidé de jeter l’éponge. Ce n’est plus qu’une question de temps avant que Kagurazaka devienne un quartier comme les autres… « Le problème de l’avenir des roji est le suivant : on ne veut pas qu’elles disparaissent, et on ne veut pas non plus qu’elles deviennent une sorte de Disneyland de l’ère Edo », résume Heide Imai. Insoluble.

Heide Imai, Tokyo Roji, ed. Routledge

FJE-153